mardi 21 février 2017

retrouvailles

Depuis avril 2015 je n'avais plus pris le temps d'écrire ici.
Il est toujours amusant d'exercer un œil critique et revenir vers les écrits plus anciens...

On se trouve une certaine naïveté mais une constance aussi.

Depuis nos derniers textes les tensions sociales ont continué de s'exacerber.
Dans la réalité du quotidien chacun vit isolé dans sa bulle réelle restant dans l'entre-soi de son groupe social... On ne se mélange guère...

C'est d'ailleurs de cette méconnaissance, de cette absence de rencontres réelles que se nourrissent nombre de fantasmagories.

On a peur de celle ou celui avec lequel on n'ose pas entrer en contact.

Les réseaux sociaux aujourd'hui ultra présents créent parfois des espaces de rencontre mais un véritable dialogue fondé sur l'échange et la construction y reste rare.
En général on se reconnaît via des marqueurs "culturels" pour s'encourager ou se conforter et si ce n'est le cas soit la punition s'incarne dans l'indifférence à moins qu'elle ne prenne la forme sombre d'un duel.
Il se traduit en général par une confrontation aussi réductrice que possible quand par exemple il faut s'exprimer en 140 caractères ou en un commentaire lapidaire ...
La complexité des enchaînements, les effets de citation, l'incapacité de mettre fin à l'échange sans sembler capituler... rares, en particulier dans le champ politique, sont les possibilités de voir un point de vue évoluer ou simplement même qu'une certitude soit questionnée...

Et c'est d'autant plus frappant que les incertitudes n'ont jamais été aussi fortes, quitte à laisser trop d'emprise au relativisme...
Un simple regard sur ce qui se joue relativement à l'élection présidentielle française et nous mesurons à la fois combien personne ne se hasarderait à un pronostic sérieux... Une forme de pensée irrationnelle voudrait "faire parler les sondages" pour y lire l'avenir (et la même pensée viendra reprocher aux sondages de se tromper demain... alors que la chose est bien logique puisque nous mêmes, nous nous montrons très incertains dans nos choix et qu'aucune véritable majorité de pensée ne se dégage...).

Quel désordre !

Et quel danger quand on sait que la crainte qu'il engendre pourrait pousser à vouloir ordonner les choses autoritairement.
Tentation qui risque d'être douloureusement punie ensuite !

Incertitude et complexité sont bien les mamelles de notre Société en mouvement constant. Une Société qui ne sait pas ce qu'elle veut vraiment ni où elle va.

Alors, cela vaut la peine de reprendre modestement le clavier et d'essayer de comprendre...


jeudi 30 avril 2015

les espionnés volontaires

Nous protestons volontiers quand un projet de loi se propose de pouvoir mener des investigations touchant à notre vie privée...
D'aucuns nous ont assuré qu'il ne s'agissait que de contrôler des pratiques déjà existantes mais effectuées sans l’œil du juge... façon de nous inquiéter sur le passé en voulant nous rassurer (?) pour demain.
Le Président de la République a souhaité l'avis du Conseil Constitutionnel ... jetant paradoxalement le soupçon sur un texte qu'il veut défendre.
Passons...
On a lu ici et là de nombreuses alertes sur "le système Google" qui sait tout de nous, jusqu'à notre domicile.
J'écris ici sur un blog "produit" de cette compagnie...
Nos mails, nos agendas, nos informations, nos photos, stockées dans le Cloud et répliquées à notre insu de par le Monde... voilà de quoi nous alerter.
Plus discrètes en apparence sont les applications gratuites dont nous équipons nos tablettes, nos smartphones et qui non seulement nous géolocalisent mais identifient nos goûts, nos habitudes...
Les pages Web nous tracent également.
Nous n'osons imaginer ce que le régime nazi aurait su faire de toutes ces informations.
Ce que nous écrivons active des robots : les uns nous envoient de la publicité, d'autres repèrent que nous nous attardons devant tel ou tel rayon au supermarché... on nous envoie des pubs, on nous "suggère" des amis, des informations censées répondre à nos "goûts" ou à nos "aspirations"...
Nos cartes bleues disent ce que nous achetons à notre banquier, où et quand, combien de temps nous avons passé dans tel parking tandis que la carte orange peut trahir nos périples souterrains...
Bientôt, on peut supposer que certains verront débarquer le GIGN simplement parce qu'il auront maladroitement activé quelques mots clés.
Une réaction optimiste serait de dire que "trop d'info tue l'info" et que celui qui n'a "rien à se reprocher " ne risque pas grand chose...
Sauf peut-être le droit à l'intimité et à la confidentialité.
Nous savons aussi que les délinquants et les terroristes apprendront très vite à se déjouer des pièges, cryptant, se déguisant...
Mais nous voyons encore la dérive glisser : parents persuadés de leur bon droit "espionnant" les adolescents, époux reconstituant l'emploi du temps de l'être "aimé", enseignants observant l'activité de leurs élèves ou employeurs attendant réponse prompte de leur employé, en pouvoir de vérifier combien de temps la caissière passe-t-elle par article et par client ...
Les espionnés deviennent rapidement espions.
Face à cela, tenter de se protéger semble dérisoire.
A tout le moins, on peut s'attacher à ne pas "mettre tous ses œufs - ou ses fichiers-  dans le même cloud- panier", à veiller à "contrôler son image" ce qui peut conduire à une forme d'auto-censure et à céder au consensus convenu de la conformité... De temps à autre chacun peut tenter d'examiner les applications qu'il utilise. Toutes ne devraient pas légitimer la géolocalisation pour autrui...
Nous pouvons changer régulièrement nos mots de passe, nous essayer à cloisonner, ne pas tout dire à notre fournisseur, activer la navigation privée, nettoyer les cookies ...
Mais notre apparente clairvoyance ne doit pas nous leurrer sur le risque d'être déjà réduit par cette dictature molle mais omniprésente qui a fait de nous des consommateurs avant des citoyens.

Sens des valeurs et de l'éthique, rôle de l'éducation et de l'école, nous voyons bien qu'il y a là une voie à creuser d'urgence qui passera également par le développement de réseaux indépendants, libres, alternatifs et coopératifs.
Ailleurs, la lutte contre les grands monopoles numériques, le contrôle démocratique de leur fonctionnement devraient aussi être des objectifs à développer.
Les plus libéraux penseront que le système peut s'auto-réguler : Facebook a vu la nécessité de mieux préserver la confidentialité mais il joue au poker menteur, Twitter dont la rentabilité semble s'essouffler mesure qu'il est est trop perméable au spam des robots ou aux trolls... c'est en partie vrai, en partie seulement.

Se pose aussi en filigrane la question des concessions que nous sommes prêts à faire... que voulons-nous abandonner de notre propre liberté (et surtout celle de penser) pour quel retour et quel progrès réel dans notre vie quotidienne et sociale, pour mieux vivre et surtout mieux vivre ensemble ?

La dialectique entre éthique et technologie n'a pas fini de nous questionner...


vendredi 2 janvier 2015

du temps en guise de voeux

 Puisque c'est le temps des vœux...

Tandis que certains agitent leurs mains sur un bureau vide espérant la croissance...
Alors que d'autres espèrent la richesse tournant la roue d'une loterie impossible ou plus prosaïquement espèrent trouver enfin un emploi...

Au moment où nous formulons nos vœux dans ce rituel étrange car souvent peu rationnel mais qui n'a rien d’infamant ni d'hypocrite pourvu qu'il fédère un peu, je me disais à titre égoïstement personnel mais au delà pour qui s'y retrouvera, que si j'avais un vœu à formuler cette année 2015, ce serait celui de la reconquête du temps.

Il n'est pas un individu qui ne prétende manquer de cette richesse là.

Et pourtant, tout est fait pour nous en faire gagner.
C'est un lieu commun mais les machines nous remplacent pour nombre de corvées, les flux internet sont de plus en plus rapides, on nous aurait même soi disant accordé du temps pour moins travailler ... mais nous courons épuisés, l'horloge va si vite qu'oser écrire plus de dix lignes c'est prendre le risque de vous perdre parce que vous aurez une urgence ici ou ailleurs, un devoir imposé et régulé par le temps.

Mon smartphone lui même me parle et me rappelle les rendez-vous. Il me géolocalise et calcule le temps qu'il me faudra pour rejoindre le prochain contact.

Dans les médias nous lisons que l'un des facteurs de souffrance est le burn-out dont l'une des causes essentielles et le sentiment de surcroît de travail en des temps de plus en plus réduits...

Nous aurions donc mille raisons de nous sentir plus libres de notre temps mais nous prétendons en manquer et nous en souffrons.

Nous dormons moins qu'avant, enfants, adultes et adolescents sont fatigués et la réforme des rythmes à l'école censée libérer du temps conduit au contraire à chercher à le remplir à tout prix tout en se plaignant de constater trop d'activité à l'emploi du temps de la jeunesse...

Nous nous voulons plus productifs, nous le sommes, mais une forme de course ou d'hystérie collective nous conduit à l'insatisfaction collective.

Il ne suffit plus d'être livré en deux jours mais nous exigeons de l'être en deux heures.
Un mail non répondu dans la demi-journée nous semble dramatique.

Nous reniflons bien là quelque paradoxe.
D'autant que dans cette course nous savons que nous n'avons jamais perdu autant de temps en embouteillages ou en réunions ...

Partir tôt, buller, prendre du temps pour soi... semble un luxe et si quelques sites osent nous proposer des dispositifs pour mieux "gérer" notre temps (le vilain terme) comme si notre vie personnelle devait être temporisée dans toutes ses étapes, nous observons d'un œil à la fois jaloux et soupçonneux celui qui affirme qu'il partira tôt du travail, ne traitera pas toutes les tâches dans l'urgence non pas forcément pour courir vers un quelconque loisir organisé ou dans une salle de sport au timing bien rythmé, mais juste pour "se retrouver" , "avoir du temps pour soi", "réfléchir" ou peut-être même "ne rien faire de spécial"...

Du temps.
Regagner ce temps et oser en faire la conquête.
Pour penser et mieux comprendre.
Pour réfléchir.
Mais aussi laisser son cerveau trier, sélectionner et que la bonne idée (eurêka !) émerge ....
Du temps pour observer, regarder, ressentir.
Du temps pour retrouver les êtres aimés ou ceux qui pourraient l'être ou l'être mieux...

Banale, presque convenue, l'idée n'en reste pas moins révolutionnaire.
Elle vient bousculer les théories liées à la rentabilité, à la course, la recherche de croissance même...
Si vous ne faites pas, d'autres ferons à votre place !

Le doux leurre !
Car rentabilité et rapidité ne se confondent pas avec efficacité.

Pourquoi ai-je un gros doute sur la qualité de la maison construite à côté de la mienne en moins d'un mois ?
La maison est aujourd'hui construite... mais plusieurs mois après elle reste vide.

Est-ce là notre but ? Bâtir très vide des maisons vides qui s'effondreront dans moins de trente ans ?

Le temps.

Un ingénieur me confirmait que nous saurions construire aujourd'hui un véhicule inusable ou un lave-vaisselle inusable... nous saurions... nous pourrions, si nous voulions...

Pour les marchands ce ne serait peut-être pas rentable.
Pour nous, ce le serait et nous pourrions peut-être investir dans d'autres projets où le but ne serait donc pas la course à la croissance comme une sorte de course à l’échalote irréfléchie.

Courir n'est souvent qu'une posture, une manière de nous agiter pour laisser croire que nous faisons beaucoup...

S'agiter, éviter de s'interroger sur le sens réel que nous voulons donner à nos vies et sur ce que nous savons qu'il est bon ou pas de faire de nos vies.

Oui, la reconquête du temps est un acte révolutionnaire.

Non pas une sorte d'acte passif et conservateur.
Mais une revendication de l'attention, de l'écoute et de la qualité que nous nous devons toutes et tous.

Et parce que nous ne sommes pas obligés d'être nos propres tortionnaires.

Bien sûr, cela peut imposer de mieux prévoir (ai-je vraiment besoin d'une pizza dans dix minutes ? est-ce que je me persuade qu'elle peut être bonne si vite jetée sur la plaque avec trois ingrédients surgelés ? ) , cela supposera aussi de réapprendre les joies de la patience...

Le médecin dans son cabinet qui enchaîne les rendez-vous et nous fait attendre, ne gagnerait-il pas mieux à disposer de vrai temps pour être attentif au visiteur ? Plutôt que d'entasser les visiteurs dans des salles d'attentes désespérantes, ne pourrait-on pas mieux y penser le temps ? (un horaire plus adapté, un bilan de santé en attendant de voir le médecin, des temps d'échanges..)

Nous ferions mieux ce que nous avons à faire et les coûts en apparence engendrés par ce temps redonné, certainement seraient récupérés par le qualitatif, le stress moindre et le recours plus limité aux produits tour à tour faits pour nous "dynamiser" (nous exciter), puis nous "calmer"... nous apaiser... pour éviter que nous ne nous interrogions trop !

Si l'on commence à défiler la liste des possibles dès lors que nous ouvrons cette dimension du temps (le temps d'apprendre, de comprendre, de vivre, de partager, découvrir...) ... alors nous redonnerons un peu de sens et de souffle à nos vies.

Encore faut-il que nous acceptions de regarder les choses en face, pour nous mêmes et ceux que nous entraînons parfois dans la danse infernale.

Bonne année à toutes et tous !

mercredi 29 octobre 2014

De l'empathie

A l'occasion du décès d'un jeune manifestant, on a reproché aux membres du gouvernement d'avoir fait preuve de peu de réactivité en manifestant tardivement leur empathie.
Ces mêmes dirigeants ont d'ailleurs exprimé "leur compassion" ce qui pour d'aucun est à la sympathie ce qu'est la charité à la solidarité.

Une petite promenade sur le net nous a montré que de nombreuses pages ont été écrites sur le sujet.
Nous ne saurions trop vous recommander la lecture de l'excellent article de Serge Tisseron (voir le pearltree plus bas) qui évoque en particulier un certain nombre de risques ou de mystifications possibles dans lesquelles il ne faudrait pas sombrer malgré l'intérêt évident de développer très tôt nos capacités d'empathie.




Trois entrées semblent intéressantes à explorer :
la question personnelle et sociale
la question éducative
la question politique

Ces trois thèmes pour l'homme, "animal social"par excellence de surcroît doté du langage, sont inter-reliés.
Pour reconnaître à l'autre une place, une histoire propre et des émotions, il faut pouvoir apprendre à le reconnaître, c'est à dire être libre soi même sur son propre territoire intime, libre à la fois de créer des liens et de s'en émanciper.
Il faut en quelque sorte pouvoir faire preuve d'auto-empathie et se place en situation de confort psychologique.
Cela suppose à la fois d'avoir pu bénéficier de la confiance de ses parents et d'avoir senti sur soi des attentes positives.
Dans notre Monde qui vit en accéléré et où chacun est invité régulièrement "à faire ses preuves", l'esprit de compétition est venu insidieusement faire de l'autre un ennemi : trouver et garder un emploi, être le gagnant du grand concours, soutenir une équipe...
Le sport et la télévision renforcent sans cesse la compétition et pas en réalité l'effort sur soi, mais la compétition spectacle avec la mise en scène de l'élimination.
Dans les réseaux sociaux, il s'agit d'arriver en tête en ayant le plus d'amis ou de "followers".
Certains alors utilisent le levier de l'empathie à des fins personnelles et l'on peut craindre à juste titre des velléités de manipulation d'autrui.
Comme le souligne par ailleurs Serge Tisseron, la société de l'information convoque sans cesse nos émotions pour des successions de drames devant lesquels nous nous sentons impuissants et ne pouvons que nous réfugier ou dans la tristesse, la dénonciation de scandales ou la désignation d'ennemis.
Ce que nous voyons à la télévision, nous "ne voulons pas de ça chez nous".
Bien que nous nous en délections... jusqu'à le rechercher dans les séries télévisées.
Dans les campagnes revient "la peur du loup".
Ailleurs, nous voyons des adolescents jouer sur des consoles à des jeux où il ne s'agit surtout pas d'épouser une noble cause mais en général d'échapper à des poursuivants, de se battre, de devenir le méchant, de tuer pour survivre et échapper à la police etc.
Ces mêmes adolescents sont capables de passer des nuits entières sur Internet et de se placer en situation d'inconfort.
Face au sentiment d'insécurité nous répondons par la géolocalisation et la vidéosurveillance.
Nous cherchons sans cesse l'autre à la faute. La judiciarisation des relations, la plainte que ce soit devant le tribunal, l'administration ou le commerce deviennent des modes de communication fréquents et dont le coût économique et social est énorme.
Développant un paradoxe dont nous sommes friands, nous pouvons dans le même temps décrire notre société comme individualiste et de consommation et cliver davantage nos relations (cf. les rapports entre les parents d'élèves et l'école).

Bien que nous disposions de la bonne connaissance sur l'intérêt de développer l'empathie, alors que au cœur même des entreprises, les démarches prônant son développement se multiplient, la réalité est plus complexe.
Responsabiliser les équipes de travail, c'est souvent fixer des objectifs en se lavant les mains quant aux moyens laissés pour y parvenir, c'est attendre leur réalisation traduite souvent en indicateurs froids à des dates toujours plus urgentes.

En prenant garde à ce que le souci de transparence ne vienne pas nuire au respect de l'intimité de chacun, une éthique de l'empathie doit être développée... pas si simple.

Sur la question éducative, l'estime de soi, le respect, la reconnaissance de la personne élève sont capitales.
Une démarche soutenue par le mouvement "Roots of Empathy" (voir lien plus haut) vise plutôt qu'à le féliciter, à remercier l'élève de son apport.
Nous percevons ici l'intérêt d'une évaluation voulant faire progresser tous les élèves et non à éliminer les plus faibles et les risques engendrés par des appréciations portant sur la personne.
De la faute au droit à l'erreur, nous sommes passés à la possibilité, au droit pour l'élève "d'essayer à l'école" sans danger ni psychologique, ni moral, ni physique et surtout de rencontrer un maître accompagnateur  en capacité de l'aider à reconnaître dans ses essais ce qu'il a réussi, de lui montrer l'objectif à atteindre et de définir avec lui des étapes progressives visant notamment à dévoiler tous les secrets liés aux apprentissages qu'ils tiennent à la compréhension que l'on peut avoir d'une notion en fonction de son âge, ou des difficultés inhérentes à la notion elle même.
Cela suppose pour le maître de savoir reconnaître et accompagner les efforts, d'avoir des attentes positives (l'éducabilité) et de savoir "refaire avec l'élève le chemin des apprentissages".
Empathie avec celui qui apprend, empathie nous dirions presque avec les objets d'apprentissage pour mieux les comprendre ...
Nous pensons que l'élève confiant et compris apprend mieux et plus durablement.
Et bien entendu cela suppose que par des pratiques simples et vivantes on puisse montrer l'intérêt de développer la confiance dans la classe entre pairs en particulier par l'entraide et la coopération.
Apprendre à se mettre à la place d'autrui, apprendre à faire preuve de solidarité et voir qu'en retour on peut être aidé sans sombrer dans l'assistanat.
Ceux dont le métier est d'enseigner ou d'écouter, ceux qui soignent... savent qu'il leur sera nécessaire un moment donné de pouvoir mettre à distance, être écoutés à leur tour...

Enfin du point de vue politique, la distance entre les politiques et les citoyens est le reproche qui revient le plus. "Ils ne peuvent nous comprendre" et notamment parce qu'ils sont des privilégiés ou appartiennent au même monde étroit des grandes écoles...
Le sentiment que le pouvoir politique cède à celui qui crie le plus fort ou manifeste est souvent exprimé...
La confiance est très vite retirée et le sondage devient un instrument de défiance et presque de chantage...
On observe qu'un certain nombre d'hommes politiques se crispent alors sur des positions où il s'agit de se démarquer d'autrui plutôt que de rechercher le consensus vu comme une forme de renoncement.
Il existe pourtant un certain nombre de mouvements qui veulent promouvoir l'idée d'une démocratie participative où il s'agirait non pas de répondre à des questions fermées par référendum mais de rechercher à travailler collectivement à la recherche concrète de solutions ...
La mise en place d'une démocratie participative suppose que l'on s'en donne vraiment les moyens à la fois pour éviter un traitement fragmenté des problèmes et surtout que ne se développent des groupes de pressions disséminés... lesquels ne serviraient pas l'intérêt général.
Il faudrait à la fois partager le pouvoir, apprendre à mieux se connaître dans sa réalité...
Cela supposerait une démocratie de projet, une démocratie de contrat engageant tous les acteurs...

De ses multiples dimensions, les champs d'exercice de l'empathie vue comme une démarche et surtout des apports qu'elle permet sont énormes.
Comprendre, mobiliser, accompagner, mettre à distance, résoudre ensemble des problèmes en ne niant jamais leur dimension affective ...

jeudi 23 octobre 2014

L'avenir à ceux qui essaient !

L'avenir appartient aux curieux, aux créatifs, aux bricoleurs, aux poètes et aux cuisiniers , à ceux qui cherchent, essaient et partagent !

L'entrée dans le vingt et unième siècle avec son lot d'incertitudes, de peurs, conduit les dirigeants à n'avancer qu'à la petite godille. Le pilotage se fait à l'opinion et le sondage devient l'indicateur du tableau de bord.

On dit "pragmatisme" pour rester dans la norme d'une doxa convenue faite pour ne pas toucher l'ordre établi.

Les mutations sont irréversibles. Soit on tente de résister et ce sera douloureux, soit on ajuste sans projet réel en tentant d'éviter le pire (un peu comme on tenterait de colmater les fuites du Titanic), soit on s'empare du changement, on imagine autre chose, on change de logique, de paradigme, de stratégie et de façon de faire.

Contrairement à ce que l'on voudrait encore nous faire croire, le pouvoir vertical est inefficace et souvent peut même être un frein au progrès.

La mise en réseau, le partage, l'intelligence ajoutée que permet par exemple l'Internet favorisent une meilleure circulation de l'information, de la connaissance, permet de libérer les énergies en enrôlant de nombreux acteurs.

Si la connaissance suppose de savoir être pointu dans son domaine, les progrès actuels de la science sont souvent spectaculaires dès lors que les cloisonnements tombent.
Nombreux sont ceux à faire le lien entre le fonctionnement du cerveau et les réseaux numériques.

La curiosité doit s'apprendre dès l'école.
Elle n'est pas seulement vecteur de motivation, elle favorise la mémorisation mais au delà elle met l'intelligence en mouvement.
Le bon maître est celui qui permet à l'élève de s'enthousiasmer en admirant aussi bien les merveilles de la nature, en découvrant l'oeuvre humaine à travers le temps, mais aussi la mécanique de la combinatoire en lecture, la construction de la conjugaison ou du nombre.
La curiosité s'entretient si on laisse l'élève prendre de l'initiative, agir et essayer, observer et comparer, faire et refaire...

La créativité n'est pas seulement le champ des artistes. Tout savoir faire s'exprime non seulement dans la capacité à reproduire, imiter mais chercher une variante, un mieux, une autre façon de procéder.
L'innovation n'est pas vertueuse en elle- même mais elle invite à regarder les choses autrement.

Cette curiosité active c'est la sérendipité qui permet de favoriser d'heureuses trouvailles qui n'existent ou ne se manifestent pas seulement du fait du hasard mais parce qu'on a crée les conditions de leur émergence et qu'on a su les voir en prenant le temps d'observer et de questionner .
De nombreuses découvertes sont ainsi venues qui ont conduit à l' "Euréka" !

Le bricoleur, c'est l'artisan dans son garage, son labo ou son atelier. Il conjugue la capacité de faire parfois avec peu de choses, de se centrer sur un problème qui peut sembler anecdotique ou minime mais aussi c'est celui qui va chercher un "truc" chez son voisin, associer des matériaux entre eux et progresser parfois par substitution , parce qu'il lui manque quelque chose, en remplaçant un élément par un autre et alors l'objet se transforme, une évolution est obtenue qui sera peut-être conservée ou rejetée après essai.

Le poète n'est pas là pour enjoliver le Monde et pas plus pour apprendre à le prendre en patience et supporter l'injustice. Subversif par nature il ose l'impensable juxtaposition des mots. Il est épris de norme pour mieux la secouer mais surtout il projette la pensée et par la grâce de la métaphore élargit l'espace mental. Il peut aussi sans s'asservir à une doxa quelconque oser le mystique, oser le lien entre les hommes en dépassant les clivages, les classes ou les castes.
Le poète ose avoir une vision pour l'homme qui lui permet de s'émanciper d'un destin prédéfini.
La poésie devrait être mieux enseignée et pratiquée dans la Cité. Non pas institutionnalisée, mais chaque commune, chaque ville, devrait lui réserver des espaces, favoriser son éclosion, la défendre...

Le cuisinier combine aussi et cherche la saveur : celle qu'on reconnait et relie au souvenir mais tout autant celle qui surprend et éveille les papilles.
Chimie, alchimie, le cuisinier est le gardien du feu dont il doute toujours. Il sait l'importance du "bon produit" et la patience...

Tous essaient et tous ont vocation à partager.

Alors nous voyons bien que le politique se grandirait s'il permettait et stimulait la créativité, l'innovation, la recherche , l'intelligence ajoutée.

On pourrait le faire mieux à l'école et à l'Université, dans les entreprises et même à Pôle emploi où l'on pourrait réunir les chômeurs pour leur permettre d'essayer des pistes nouvelles, de monter des projets... tout en enrichissant leurs connaissances dans des domaines plus larges que ceux liés à leur strict métier.

Cela supposerait aussi que la formation permanente devienne un axe majeur des politiques publiques, soit proposée à chacun tout au long de la vie :  pouvoir se former à tout âge et accéder à la connaissance mais aussi partager son expérience car nous nous privons souvent de ce savoir acquis tout au long d'une vie professionnelle ...
Les écoles devraient ainsi être ouvertes après l'école, non pas pour faire refaire des "activités" aux petits qui ont déjà eu de longues journées mais pour développer des lieux de rencontre et de savoir partagé.

Bien entendu, cela suppose une vision de la Société  fondée sur la coopération plutôt que la compétition.

Il reste donc à convaincre que de nouveaux modèles sont à construire, loin de la fuite en avant que suppose la recherche de la croissance à tout prix mais plutôt dans des approches plus équilibrées où la satisfaction des besoins passera par la réparation, le recyclage et l'amélioration plutôt que l'obsolescence programmée et la création de produits jetables que seule la publicité rend indispensables...

Démultiplier pour relocaliser l'activité en osant s'appuyer sur une économie numérique permettant de déconcentrer l'activité et de mieux mailler un territoire marqué par des zones de forte concentration urbaine invivables et des déserts où l'inconfort peut vite être un obstacle...

Oui, le politique est à convaincre - il a peur de perdre son pouvoir car il sent bien que l'avenir passera aussi par le partage réel du pouvoir - mais déjà ici et là des initiatives s'expriment et l'enthousiasme qu'elles génèrent, la dynamique qu'elles engagent ne demandent qu'à prendre de l'ampleur...

Dès lors que les acteurs concernés en seront eux - mêmes convaincus... alors, d'autres viendront !
De ces essais, il reste à faire projet !

dimanche 19 octobre 2014

en route pour le 21ème siécle ?

On nous a longtemps parlé de l'incertitude.
Toutes les questions sont posées et perdurent, y compris celles liées à l'avenir de la planète et de l'espèce humaine.

Aujourd'hui la lecture du changement est devenue hautement complexe.
Nous avions une vision de nos Sociétés probablement réductrice qui s'accrochait à des fondamentaux "identitaires".

L'organisation des Etats, qu'ils instillent peu ou pas de démocratie, restait fondée sur une vision pyramidale et un pouvoir descendant.
Il en va de même du monde de l'entreprise et l'on peut faire l'hypothèse qu'un grand nombre de difficultés économiques sont liées à l'incapacité de se départir de modèles devenus inefficaces.

Aujourd'hui, coexistent des systèmes hérités et de nouvelles approches, qu'elles se structurent spontanément ou qu'elles naissent de stratégies clairement orientées.
Par exemple, nous voyons se développer une approche horizontale où des nœuds de réflexion, d'information partagée, d'interactions puis de décisions permettent d'agir localement et concrètement en se libérant de la contrainte verticale.
Ces modèles fonctionnent aussi bien dans la recherche universitaire, au sein de l'entreprise ou de mouvements de pensée. L'Internet y contribue largement et favorise une intelligence symbiotique chère à J de Rosnay.

Il serait naïf de croire que la revendication du pragmatisme garantirait d'éviter erreurs, échecs et dérives liées à la question du pouvoir ou de l'emprise des uns sur autrui...

Il existe un exercice du pouvoir apparent et visible qui n'est souvent qu'un leurre ou reste faible dès lors que l'on considère le poids et l'omniprésence de pouvoirs moins apparents qui s'incarnent aussi bien dans de grands monopoles que la création artificielle de besoins qui asservissent les individus mais aussi dans la résistance des systèmes à l'évolution (que cela tienne des corporatismes, du refus de changer par crainte ou par défiance...)

Il ne s'agit pas ici d'un grand complot mais seulement d'une organisation objective au service du profit immédiat de quelques uns ou un réflexe de protection à court ou moyens termes d'acquis...

Pour éviter qu'une structuration en nodules horizontaux n'aboutisse à une déstructuration pure et simple de ce que d'aucuns décrivent comme nos modèles sociaux, la référence à un corps de valeurs explicite et exigeant est nécessaire.

Ces valeurs qui doivent être questionnées, peuvent renvoyer à une couleur de pensée qui sera un moment "clivante" entre les individus.
On perçoit une certaine évolution de pratiques participatives qui fait évoluer la démocratie d'une vision majoritaire (il faut 50% des voix plus une au moins) à la recherche large du consensus (conférences de consensus, recherches d'accords partagés...).
Si la première approche a le mérite d'aider à trancher, elle peut par une vision binaire créer d'emblée de la déception. La seconde approche engage à la négociation et suppose une véritable maturité citoyenne : il faut pour progresser accepter de renoncer... à la condition de pouvoir mesurer une avancée par ailleurs ("donnant - donnant, gagnant - gagnant "  disaient certains ).

Se prétendre "pragmatique" ou "réaliste" peut renvoyer en réalité à l'incapacité d'imaginer de nouveaux modèles, de nouvelles façons de faire.
Le pragmatisme peut devenir un dogme, une doxa sans réflexion.

La dignité de l'autre, la coopération, le respect absolu de chacun supposent de placer l'exigence éthique au cœur.
La démocratie cognitive suppose de poser des règles éthiques fortes avec de multiples gardes-fous et d'exigences qui permettent de laisser de côté la compétition individuelle pour lui préférer la résolution de problèmes ou de défis collectifs qui peuvent devenir des projets mobilisateurs.

La nécessaire transparence et la responsabilisation ne doivent pas non plus nuire à la liberté intime.
Si l'on pose le postulat que le conformisme et le manque d'inventivité ou de créativité censurent nos capacités d'adaptation, nous devons éviter de "géolocaliser" l'intime.

Nous devons relier, inviter à la coopération, faire de l'intelligence ajoutée, nous inscrire dans une dynamique de confiance.
La confiance ne se décrète pas, mais elle doit être posée comme on donne les clés, le pouvoir d'agir.

Le 21ème siècle engage à une société de la coopération plutôt que de la compétition, une société de la responsabilisation plutôt que de consommation, une société d'innovation où l'idée de mouvement et de mobilité est intégrée tout en garantissant une sécurisation de chaque parcours individuel (revenu personnel garanti ? ), une société de la connaissance qui ne vise pas à sélectionner mais à permettre à chacun d'apprendre à tout âge, d'échanger, de dépasser les cloisonnements ...

Il nous faudra trouver les occasions d'accueillir et relier mais laisser chacun imaginer son propre chemin en l'autorisant à s'émanciper d'un destin, d'une origine ou d'une culture...

Une société rationnelle, éclairée par l'esprit critique qui ne confonde pas la personne avec ses actes et qui se montre capable d'enrôler chacun dans l'histoire collective...

liens :
http://www.boostzone.fr/2011/10/la-hierarchie-horizontale-changement-majeur-dans-les-organisations/

http://www.pascal-gaillard.fr/?p=940

http://www.lenouveleconomiste.fr/lesdossiers/du-pyramidal-a-lhorizontal-9165/

http://diktacratie.com/vers-un-pouvoir-horizontal/



samedi 27 septembre 2014

l'auto-oppression

Ça râle, ça proteste, ça dénigre, ça conspue, ça crie au scandale et pousse des cris d’orfraie à la moindre velléité de réformette... mais ça ne se révolte pas.

Les descentes dans la rue ne demandent que "de renoncer à" et l'on ne propose guère...

On fait des marches blanches, mais on ne sait plus faire acte de solidarité dans le simple quotidien.

Chacun dans sa chacunière pense doctement ce que lui dictent les sondages.
On consomme.
On attend que service soit rendu et au plus vite.
On dénigre le service public mais on ne veut pas payer d'impôt.
On a confiance en rien ni personne...
On a peur des terroristes mais cela fait un ennemi de plus pour nourrir la détestation.
On a mal au siècle mais on veut ignorer l'Histoire.
On réagit sur le vif mais on passe vite à la page suivante, on ne s'attarde pas, on ne projette plus, on trouve même des excuses dans l'incertitude pour laisser faire ou laisser dire à notre place les pires mots pour occuper l'espace de notre vacuité désespérée.

On est "petits propriétaires" et notre opinion se forge aux lieux communs du Scandale.

Les chefs d'Etat qui ne peuvent plus décréter la mobilisation générale comme en 14, organisent au bout du Monde des guerres par procuration où meurent de vrais hommes, comme de vrais morceaux de fruits dans un yaourt, on manifeste un peu, on pleure vaguement puis on passe à autre chose...

Un vieux Monde qui ne finit pas de finir et de fondre sous le réchauffement climatique.
Mais tout cela ne semble pas assez grave, nous avons besoin d'aller dans le mur peut-être pour réagir.
Nous sommes si vieux dans ce monde déjà périmé.

Des drones passent au dessus de nos têtes.
Tout nous piste en puces électroniques, en géolocalisation...

Les réseaux diffusent horizontalement un savoir que seuls les experts savent trier.
Nos enfants s'insultent sur Internet et l'on utilise Facebook pour la pire loi du Talion.

Sur ce fumier de notre découragement les petits fascistes ordinaires prospèrent.
Ils dénient le droit d'être à celui qui ne se conforme pas à la prétendue tradition.

Plus que jamais en interaction inter-reliés dans une sorte de vaste dépression Mondiale, si demain nous retrouvions l’enthousiasme pourrait-il être autre chose que le fruit manipulé par une vaste campagne conjointe de Coca-Cola et de Mac Donald ?

Nous avons bâillonné les poètes.
Même les écrivains s'emmerdent dans leurs propres romans.

Etre heureux serait suspect.

Et ça picole, ça fume, ça brûle des joints sous le nez de la police qui pose des radars sur les autoroutes où nous continuons de foncer en critiquant ces radars qui ne nous laissent même plus nous tuer librement et mettre un peu de sang et de sensations dans la tôle froissée.

Nous le voyons bien que ce monde ne va pas, mais nous n'osons pas encore imaginer autre chose, encore moins reprendre la main.
Nous avons peur de la réaction des autres mais plus encore de ce que nous serions capables de faire, si demain nous osions sortir du prêt à penser et de l'auto-oppression où nous nous évertuons à rester...

Ce qui nous fait une excuse.
Cela fait tellement de bien de pouvoir se plaindre !